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Dimanche 25 Octobre 2009
Une longue nuit d’insomnie s’achève laissant sa place à une aube crépusculaire encore timide. Les premiers passereaux ponctuent le ciel de leur vol saccadé, sous la lumière enchanteresse de la lune.
Une fois de plus, le sommeil a perdu la raison laissant ainsi Raoul Hassoury errer parmi les esprits malicieux de quelques démons nocturnes, assoiffés d’une mélancolie insidieuse. L’atmosphère est pesante et emprunte d’une solitude aussi habituelle qu’insupportable. Raoul enfile un pantalon et descend l’escalier, comme poussé par un vent léger, histoire de respirer l’air matinal de la rue. Une odeur de blé fermenté parvient à éveiller l’organe olfactif du bonhomme. C’est l’appel du fournil ! Il se laisse alors guider par le bout du nez et pénètre dans le petit magasin. Derrière le comptoir, se profile un semblant de chaleur humaine symbolisé par la ravissante Bérengère. La boulangère s’affaire à ranger pains et viennoiseries avec une délicatesse qui n’échappe pas à Raoul. Ayant senti la fraîcheur extérieure s’immiscer dans sa boutique, elle redresse son corps frêle afin d’accueillir son client. Un sourire aussi moelleux que ses brioches se dessine sur son doux visage presque enfantin. Cela suffit à déloger les dernières toiles d’araignées obstruant le regard ténébreux de Raoul. Lui rendant son sourire, il lui achète une baguette encore toute chaude et repart s’enivrer de l’air de la rue, ragaillardi par sa rencontre subliminale et matinale.
Dans les rues encore endormies, défilent tour à tour, le livreur de journaux, le camion de poubelles ou encore une poignée de joyeux fêtards s’étant approprié la nuit quelques heures durant. Le chien jaune, comme on l’appelle, est là aussi. Son allure enjouée et la forme de sa gueule lui donnent l’impression de sourire à la vie. Il aime, par-dessus tout, venir chercher la caresse humaine à qui veut bien la lui offrir et qui le fait se cambrer de plaisir. Il vient de nulle part et s’évanouit on ne sait où. Sa tâche quotidienne se résume à traîner de porche en porche, de réverbère en réverbère et de poubelle en poubelle. Il n’a sans doute pas encore remarqué celle qui se situe à sa gauche. Trop occupé à observer l’animal, Raoul ne s’aperçoit qu’après, qu’il vient de passer devant chez Bouboule.
Voilà de nombreuses années déjà qu’il ne franchit plus le pas de cette porte derrière laquelle il vécut de délicieux instants. Joseph, le patron, a dû cesser son activité après un accident vasculaire cérébral qui lui fit perdre son autonomie. Lorsque Raoul entrait dans le petit bar, il accrochait le temps dans le vestibule, de la même manière qu’il déposait sa gabardine au porte manteau. Joseph était un fou d’avions. Aussi, avait-il décoré son intérieur avec toutes sortes de vieux zincs et autres pièces d’aviations venues d’un autre âge, dénichées au gré de ses multiples périples à travers le monde. Ainsi, planait la vie au-dessus des nuages de fumées dégagées par cigares et cigarettes. Joseph était le gardien de ce lieu atypique peuplé de vivants aussi disparates les uns que les autres.
Raoul s’installait toujours derrière le zinc (le comptoir cette fois, pas l’avion) d’où il surplombait une salle comble. Il observait ainsi les mouvements de chacun, saisissait des bribes de conversations ça et là. Ou bien encore, pivotait sur son tabouret et fantasmait volontiers sur la gorge profonde et généreuse de la serveuse essuyant énergiquement les verres de l’autre côté du bar. Cette opulence lui avait bien souvent fait tourner la tête. Mais, lorsqu’il relevait le nez, l’austérité de la jeune femme brisait le rêve de Raoul qui baissait lentement ses yeux vitreux dans la mousse blanche de sa bière rousse. Qu’à cela ne tienne ! Cet instant de désarroi ne s’éternisait jamais. Raoul était alors attiré par les notes joyeuses de l’accordéoniste qui prenait un plaisir effréné à faire valser l’assemblée. Les jeunes femmes riaient aux éclats pendant les hommes mesuraient et vantaient leurs qualités émérites de séducteurs expérimentés. Dans un coin de la pièce, de petits groupes enchaînaient des parties de billard anglais, pendant que d’autres engageaient d’interminables parties de cartes. Nul besoin de radiateurs dans ce cercle très fermé. La chaleur humaine suffisait à réchauffer tous les corps, tous les cœurs et toutes les âmes, même en perdition.
A la fermeture du cabaret, chacun redescendait à sa façon de son nuage. Certains déformaient leur visage d’un bâillement disgracieux faisant remonter leurs bacchantes, d’autres s’entêtaient à tirer sur le reste d’un cigare devenu presque mégot, tout en se délectant de la dernière goutte de whisky. L’on pouvait aussi envier ce couple fraîchement éclos se lovant au creux d’un fauteuil de velours rouge, cherchant un instant de tendresse avant de s’abandonner à de voluptueux ébats... Raoul, quant à lui, s’en retournait dans le vestibule retrouver le temps et sa gabardine. Auparavant, il aura chaleureusement salué Joseph, son ami de toujours, grâce à qui ses soirées respiraient la vie et le plaisir d’être là tout simplement. Etre ensemble et se forger une mémoire collective en partageant des moments intenses. Celle là même qui nous fait avancer et qui sait si bien soigner les bleus et le blues que la vie ne manque pas de nous offrir gracieusement.
Ce voyage au cœur de sa mémoire dans laquelle se sont embryonnés1 mille et un délicieux instants aura permis à Raoul de chasser la mélancolie insidieuse inoculée par les démons nocturnes, quelques heures plus tôt.
Il n’en faut pas davantage à notre ami pour se réconforter et le faire saliver à la simple pensée de savourer sa baguette fraîche aux essences de Bérengère…
Isabelle Sanchis
1 : le mot embryonné est absent du dictionnaire. Il doit probablement s’agir d’une omission. Il est tellement joli !
Mis en ligne par Araucaria à 22h41 1 commentaire
Lundi 12 Janvier 2009
Mis en ligne par Araucaria à 22h42 Aucun commentaire
Dimanche 25 Mai 2008
Nous voici transportés en terre toscane, au cœur d’une vallée irrigant de ses artères viticoles, les abords d’un village aux effluves florentines. La quiétude veille en reine en ces hauts lieux riches d’une végétation si caractéristique à l’Italie. Des collines arborent fièrement des rangées de cyprès se confondant par la brume matinale, dans un ciel qui s’irisera lentement. Cette harmonie se complète de rhapsodies ornithologiques et de mélodies aux accents méditerranéens susurrés par la fluidité d’un ruisseau. Le soleil encore bas et rougeoyant se fait l’annonciateur d’une journée chaude, sous un ciel délivré de toute nébulosité. Un chien folâtre dans les hautes herbes gorgées de rosée. Il s’aventure dans le ruisseau, sautant agilement sur les pierres arrondies et vient s’ébrouer au pied d’un chêne trois fois centenaire. Soudain, des sifflements lointains commencent à lui parvenir. Il reconnaît Giacomino, son maître, et lui répond par quelques aboiements perçants. Giacomino ! Sa bonhomie donne un éclat particulier à ses traits burinés et son regard déjà pétillant. Une paille entre ses lèvres ourlées, il part à la rencontre de l’animal sur le chemin qui mène à la rivière. Il s’installe sur une pierre, le regard fixé sur le liquide cristallin et s’invite en voyage intérieur, au cœur des méandres tumultueux de sa mémoire.
Très vite, les bribes d’une valse arrivent en tourbillon dans son esprit encore vaporeux, mêlant frénétiquement le corps de sa Jeanne et le sien. Puis, résonnent des refrains fredonnés la veille par ses convives. Méditerranéens enracinés à leur terroir et animés d’une même flamme, dont la seule lueur suffit à réveiller les alchimistes du bas jovinien. Leur magie se manifeste en donnant vie et corps à la nappe dont les courbes épousent gracieusement celles des collines avoisinantes. Son enveloppe de papier devient voile argenté et le vent qui la soulève lui confère la fluidité sensuelle d’une danseuse. Ses formes nouvelles s’organisent en chorégraphie éthérée pendant que les accords de violons laissent place à une voix de mezzo-soprano. De la communion intime de ce prélude aux essences d’oliviers et de l’espace jubilatoire ambiant, jaillit une effusion de paroles fécondes. Alors, la nappe étoile devient muse et entame un soliloque relatant le vécu de ses dernières heures.
« Hier soir j’en ai bu de toutes les couleurs ! Si tu savais, Giacomino tout ce que je peux voir, entendre, sentir, essuyer. Avant que ma courte vie ne s’étiole, je rayonne sous le soleil couchant de cette fin d’été. Les couverts viennent orner ma blancheur éclatante de leur finesse argentée et des bouquets de roses libèrent discrètement leurs senteurs. Le soleil se reflète dans le cristal des verres qui sauront apprécier plus tard le sang de la terre. Peu à peu, je me charge de divers mets aux formes, couleurs et odeurs variées. Puis, les convives commencent à emplir le jardin, arrivant seuls, en couple ou par petits groupes. La chaleur accablante de cette journée les dirige instinctivement à l’ombre de la tonnelle habillée de vigne, dont les grappes encore jeunes m’observent secrètement. En une heure, une vingtaine de femmes et d’hommes se retrouvent près de toi. Ton visage respire le bonheur et déjà tes yeux coruscants d’amour parviennent difficilement à se détourner de ta Jeanne retrouvée. Ailleurs, les paroles jaillissent, se croisent, ricochent et se font écho. Elles naissent tantôt de la bouche, tantôt de ces mains latines qui façonnent si bien le verbe, à leur manière. Puis, après un ou deux verres de Chianti, chacun prend place autour de moi. Me voici cernée. Au-dessus de moi émerge un étrange nuage nourri de l’éloquence des paroles volubiles. Je tente frénétiquement de traduire ce mélange de mots mêlés de rires, mais sans grand succès. Le tintement des verres et des couverts nuit à ma concentration. Et bientôt, certains me souillent, d’autres me saoulent, pendant qu’une poignée me caresse en poussant des miettes. Ma blancheur éclatante se teinte d’heures en heures. Cependant, je parviens encore à apprécier les gouttes d’Asti aux arômes si fruités. Elles ont bravé le bord du verre de leur prétendant d’un soir, pour venir mourir héroïquement sur moi. Et je me délecte de temps à autre, d’une croûte de fromage afin d’accompagner le divin breuvage. Ce fragment de festin dont je profite restera imprégné jusqu’au plus profond de mon papier et nourrira mes songes éternels.
Plus tardivement, après avoir ingéré des propos salés, j’entr’aperçois des baisers sucrés et je devine des jambes s’entrelacer au-dessous du banquet, mijotant les prémices d’une nuit coco charnelle … Plus loin, un coin du jardin éclairé par la lune et quelques lampes à pétrole suspendues de-ci de-là, accueille des corps valsant allègrement au rythme du violon. Et toi, Giacomino, tu fais tournoyer ta Jeanne avec ardeur pendant des heures, guidé par l’élan fougueux de ton cœur ! Seul, l’épuisement aura eu raison de votre ballet nocturne.
Petit à petit, les rires s’éteignent, les lumières se vident, le jardin se tait. Le vent léger se lève avec l’aurore, le présent devient passé. Une paire de mains vient définitivement froisser mes fibres déjà déchiquetées afin de les jeter au fond d’un brasier qui fera naître mes cendres.
Giacomino, je ne suis plus qu’un spectre. Un spectre qui, de son vivant, t’aura volontiers servi. Un spectre à l’origine de ces nouveaux fragments de mémoire qui panseront les plaies de ton âme, lorsque les pages de ta vie s’écorneront …
Adieu … »
Isabelle Sanchis
Mis en ligne par Araucaria à 21h49 2 commentaires
Jeudi 7 Février 2008
Il y a 38 ans, naissait à Belfort un groupe qui allait devenir en quelques années, un des plus grands du rock français. A cette époque où les anglo-saxons de Pink Floyd, Genesis ou autre King Crimson étaient les fleurons du rock progressif, nous goûtions côté français, à la musique et aux paroles d’Ange, avec un engouement qui allait croissant. Une théâtralisation très présente, du texte à l’imagination débordante finement manié avec poésie, nous menaient tout droit jusqu’au rêve. Telle était la recette de chacun des albums. Aujourd’hui, la recette est toujours la même et Christian Décamps continue à mettre les pieds dans le plat avec le talent qu’on lui connaît. Il est admirablement entouré de Caroline Crozat au chant, Hassan Hajdi à la guitare, Thierry Sidhoum à la basse, Benoît Cazzulini à la batterie, et Tristan Décamps aux claviers.
Depuis ses débuts, Ange n'a jamais cessé de tourner et nous offre encore l'univers magique de ses spectacles. Actuellement, la tournée des "Souffleurs de Vers" nous présente quelques extraits du dernier album sorti en novembre 2007. On y retrouve également avec grand plaisir, quelques morceaux plus anciens tels que "L'Ode à Emile", "Aurélia", ou l'excellent "Quasimodo", pour ne citer qu'eux.
C’est en 1989 que j’ai découvert Ange, à l’occasion de la sortie de l’album « Sève qui Peut ». Depuis, je suis tombée dans la marmite et me régale encore et toujours de l’œuvre angélique. Appareil photo en bandoulière, je me rends autant que je le peux (donc pas assez souvent) aux concerts où j’immortalise le temps et l’émotion qui passent …
Ange, c'est "Le Cimetière des Arlequins", "Au-delà du Délire", "Emile Jacotey", "Par les Fils de Mandrin" et aussi "La Voiture à Eau", "Culinaire Lingus", "Les Souffleurs de Vers" et bien d'autres encore ...
Ange, c’est une passion qui se partage et que l’on retrouve par ici :
www.updlm.com Site officiel du Fan-Clan "Un Pied Dans La Marge"
http://www.myspace.com/groupeange My Space : mettez le son
http://pagesperso-orange.fr/jlraulin Page perso de Jean-Léon
http://spaces.msn.com/patrickgautreaufrance Page perso de Patrick
http://lintz.chez-alice.fr Page perso de Joël
Mis en ligne par Araucaria à 22h25 4 commentaires
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